Roman facile pour plaisir simple…

Je voudrais un roman pas compliqué mais pas trop tarte, un livre qui reposerait mon cerveau, mais pas trop simpliste non plus…. Éternel dilemme de l’amateur de  littérature dite facile (voire féminine pour les esprits moqueurs), qui cherche histoire d’amour et happy endings, mais avant tout un bon livre. Et c’est là où Barbara Cartland  manque souvent (toujours?) d’épaisseur. Une fois que la duchesse a été sauvée et  épousée par le marquis, il ne se passe plus grand chose. Et puis le risque, c’est que vous vous lassiez rapidement de savoir 50 pages à l’avance ce qui va se passer.

Ce qu’il vous faut c’est Retour en Cornouailles de Rosamunde Pilcher. Quatre cent pages dans la Cornouailles de la seconde guerre battue par les vents, à suivre les aventures de Judith Dunbar, laissée dans un pensionnat par des parents stationnés en Indes. Timide et raisonnable, elle fait la conquête de la fantasque Loveday Carey-Lewis (non ne vous arrêtez pas là, oui le nom est kitsch à souhait mais c’est peut-être le seul reproche qu’on puisse faire à Pilcher) et trouve bientôt en la famille Carey-Lewis une famille de substitution. Vient la guerre et alors que son univers s’effondre, Judith, brutalement, doit grandir… Les rebondissements sont là où on ne les attend pas et les personnages suffisamment équilibrés pour qu’on y croit. Amoureuse du lieu, Pilcher excelle dans l’art de décrire les falaises abruptes, l’air salé et la nature rugueuse de la Cornouailles. L’écriture est ronde et bienveillante, Pilcher est douce sans être niaise et décrit à merveille les bouleversements de la société anglaise durant la guerre. Comme un bon english tea, ça réchauffe progressivement jusque dans les omoplates et ça réconcilie avec la lecture.

Parce que finalement, n’est-ce pas ce que l’on attend d’une lecture facile: ressentir à nouveau cette sensation perdue qui fit de nous des enfants accro aux livres, ce moment d’infinie plénitude où  les mots nous emportent. Je suis persuadée que l’on donne (consciemment ou non) à chaque livre une rôle. La vertu cachée des romans de gare ou à l’eau de rose est de redonner envie de lire. Dans ces moments inquiets où je ne parviens plus à lire une page, seul un roman facile me ramène vers mon chemin littéraire. Le choisir c’est s’assurer l’accès à un paysage intérieur connu qui prépare la lecture suivante, peut-être plus ardue. Mais attention, un roman quelconque n’y suffira pas. Le bon roman facile a lui aussi ses critères: une histoire simple certes mais avec la manière…

PS à mes lecteurs masculins: Je suis bien consciente que vous ne vous précipiterez pas sur ce livre. Prenez plutôt ce poste comme une invitation à trouver le Pilcher à la testostérone qui vous ramènera dans une librairie. Un bon Ken Follet peut-être?

PILCHER Rosamunde, Retour en Cornouailles,  2008, Pockets, Paris

Tous les Pilcher sont de la même qualité. Après Retour en Cornouailles, ma préférence va aux Pêcheurs de coquillages (PILCHER Rosamunde, Les Pêcheurs de coquillages, 1999, Poche, Paris).

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